27. Défis d’amour : différences, distance et animaux


Le fil de mes idées se reforme lentement et je songe à Gabriel… Je me dis, sourire en coin, qu’il ne faut surtout pas que je l’allume avec les propos ou prévisions que je viens de lire, car il est bien capable d’exploser avec la moitié moins de carburant pour l’alimenter ! Je souris en évoquant cette idée… bien plus liée au passé qu’à l’actuel Gabriel d’ailleurs.

Tolérance et enrichissement

Même par le passé, Gabriel n’a jamais été un bloc d’un seul matériau. Probablement que son orientation sexuelle marginale a planté, d’emblée, un décor plus nuancé. La plupart des gens à l’orientation sexuelle non-dominante passent par des ruisseaux ou même des rivières de larmes !… Gabriel a beau être flamboyant, toute la peine liée à l’intransigeance répandue – même chez nous – envers les différences a su le garder les pieds bien sur terre et le cœur bien irrigué.

Je ressens respect et tendresse envers tous ceux, de par le monde, qui vivent avec des caractéristiques éloignées des courants dominants où ils se trouvent, et ce en particulier concernant le genre, l’orientation sexuelle, l’ethnie, la race ou les croyances. Je connais trop bien l’intolérance, et souvent la violence, envers les personnes affichant de grandes différences. Dès l’enfance les comportements de rejet et d’agression se manifestent dans les cours et les corridors des écoles (☹) et ils se poursuivent parfois lors de la vie adulte…

J’aimerais bien pouvoir dire que l’acceptation des différences peut varier selon l’opinion de chacun et que tout cela est très relatif, mais je ne peux pas, car les comportements liés à ces opinions ont parfois des conséquences terribles : agressions, dépression, suicide, etc. Il me semble donc incontournable d’au moins tolérer les différences – quelles qu’elles soient – lorsque celles-ci n’entravent pas directement, voir physiquement, la liberté des autres ; un prérequis si l’on veut bien vivre, et peut-être même survivre ! Nous pouvons parfois être heurtées par de grandes différences ou des façons de vivre jugées inacceptables, mais la tolérance n’est-elle pas la réponse minimale apte à assurer l’existence et la quiétude de nos propres particularités ?

Diversité enrichissante. Tableau : Le triomphe de Bacchus. Benvenuto Tisi, 1540.

Le contact avec des gens très différents peut s’avérer enrichissant, mais si nous n’avons pas envie d’aller vers eux, il faut au moins s’abstenir de leur nuire. Si pour certains c’est trop difficile d’au moins être tolérant, il est essentiel que nos dirigeants mettent en place, renforcent ou fassent appliquer des règles et lois qui nous empêchent de nuire aux autres. Il ne s’agit nullement de punir qui que ce soit, mais de protéger l’intégrité de tous. On dit parfois que notre liberté s’arrête à celle des autres : c’est un cliché certes, mais particulièrement pertinent.

Notre famille de l’autre bout du monde

Dans le paysage devant moi, des enfants se dessinent dans mon imagination entre les branches des arbres doucement balancées par le vent… Des enfants et des adultes, dans de grandes industries, là-bas où l’on fabrique nos vêtements. Confinés dans des dortoirs peu salubres, travaillant de très longues heures, hypothéquant leur santé pour édifier la nation, sans alternative. Esclaves des temps modernes. Bétail de notre consommation. Bétail de ma consommation que j’essaie de diminuer le plus possible…

Le laminoir de fer. Adolph Menzel, 1875.

Quand je pense à ce puits sans fond où sont englouties tant de vies, afin d’abaisser les coûts de production de nos surconsommations, je suis abasourdi ! Ces baisses de coûts de production ne servent, en presque totalité, qu’à édifier des petits empires milliardaires bien indifférents aux masses d’employés et de familles laissées pour compte dans les entreprises d’origine qui ont fermé leurs portes ou dans celles qui s’activent aujourd’hui dans des conditions de misère… ☹ Pour ajouter à l’absurdité ahurissante de la situation, les économies sur les achats de marchandises, qu’avait fait miroiter cette délocalisation généralisée pour les consommateurs, n’ont pratiquement j amais eu lieu. Quelle mégafarce – plate – quand même !

Assis sur mon banc de parc, la richesse des odeurs m’imprègne encore une fois, comme un rappel de la richesse de ce coin de monde où je vis. Bien loin de tous ces exclus évoqués précédemment. En tout cas, bien loin de leur réalité. Ciel que je suis choyé, m’apparait-il clairement, une fois de plus ! Comment ne pas chercher à répartir l’immense gâteau qui se déploie autour de moi, alors que tant d’autres n’ont que des miettes ?…

La traversée du miroir. Illustration John Tenniel.

Les animaux – mal – élevés

Je respire à fond l’air ambiant toujours aussi rempli des savoureuses émanations de la nature gorgée d’eau. Mon regard balaye le parc et l’étang devant moi… J’y croise des écureuils et mes pensées migrent vers le royaume des animaux. Les animaux d’élevage, et l’élevage industriel, plus précisément.

Alice au pays des merveilles. Illustration Dawn Hudson.

Le traitement réservé aux animaux d’élevage provoque chez moi un sentiment de malaise très semblable à celui provoqué par les conditions de travail épouvantables ou le rejet des différences précédemment évoqués. Encore une fois, j’aimerais bien que toutes les opinions se vaillent, mais… les yeux terrorisés d’animaux d’élevage, observés – avec beaucoup de tristesse – chaque année en visionnant un reportage durant mes cours, se rappellent à moi… ☹

Dans mes classes, j’ai constaté toutes sortes de positions concernant les animaux. Celles-ci variaient de l’indifférence complète (très rare) à la considération d’égalité de ceux-ci avec les êtres humains. Toutefois, la presque totalité de mes élèves condamnait toute forme de violence envers les animaux. La plupart considéraient que les animaux devaient au moins être traités décemment : disposer d’un espace convenable pour se mouvoir, ne pas être agressés, manger sainement, vivre le plus longtemps possible, etc.

Poules du lac. Photo Benoît Guérin, 2018.

Cette position est aussi largement répandue dans la population. Il s’agit du droit à l’intégrité physique que plusieurs estiment fondamental autant pour les animaux que pour nous, les humains. Au moins, ne pas être maltraité. Et le droit à la liberté ? C’est tout de même intéressant de laisser la question ouverte à la réflexion. Est-ce que notre liberté doit aussi s’arrêter là où commence celle des animaux ? Doivent-ils vivre tout aussi librement que nous ?…

Qu’en penses-tu? Photo : Benoît Guérin, 2017.

En tout cas, lorsque j’entends qu’il est normal de se nourrir d’animaux, car c’est ce que de nombreux mammifères font dans la nature et qu’on fait aussi partie de la nature, eh bien… Eh bien, je nous trouve un peu bêtes ou, à tout le moins, incohérents. On se considère habituellement comme une espèce très évoluée, au-dessus des autres, et au moment de nous nourrir nous redevenons des animaux sans possibilités de choisir ? Notre capacité de raisonnement est parmi les facultés dites supérieures qui nous sont attribuées, n’est-elle pas disponible au moment de faire nos choix d’alimentation ? Des études scientifiques sérieuses démontrent qu’un régime sans produits animaliers est tout aussi bon pour la santé, sinon meilleur. Pas besoin d’être végétarien ou végétalien (d’ailleurs ce n’est pas mon cas) pour convenir de cette réalité. D’autant plus qu’à notre époque de réchauffement climatique dangereux, la consommation de viande est aussi pointée du doigt comme une très grande source d’émissions de gaz à effet de serre.

Fruits et Fleurs. Jan van Huysum, 1726.

Reste ensuite à diminuer le plus possible notre consommation d’autres produits animaliers (lait, œufs, etc.) et en particulier de ceux qui ne sont pas biologiques, car les producteurs bio garantissent de meilleurs traitements aux animaux. Chaque année dans mes cours, en visionnant un reportage sur les mauvais traitements réservés aux animaux d’élevage, je grugeais un peu plus la montagne de consommation carnée dans laquelle j’ai été élevé. J’essaie de poursuivre cette démarche maintenant… Si nos gouvernements s’affairaient à favoriser la diminution de consommation de produits animaliers en sensibilisant les populations et en réglementant l’industrie, cela pourrait aider à améliorer la situation…

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2 commentaires à propos de “27. Défis d’amour : différences, distance et animaux”

  1. Bonjour Benoit. Je crains que je vais choquer tes manières de voir en évoquant mon expérience de chasseur de gros gibiers comme les orignaux et les chevreuils. Ces derniers vivent librement dans nos forets québécoise. Chaque année pendant la période de chasse, des prélèvements sont autorisés pour réguler la population de ces gros cervidés. Cette régulation est nécessaire sinon ces gros cervidés risquent d’être heurtés en grand nombre par des voitures sur nos autoroutes. Frapper un orignal cause souvent des accidents mortels. Quand j’entre en forêt pour chasser, je bénéficie d’un contact privilégié avec la nature et avec le silence. C’est une expérience que j’ai découverte après la cinquantaine grâce à mes jeunes frères. Je les remercie de m’avoir initié à cette réalité. Au plaisir !

    • Bonjour François,
      La chasse, lorsqu’elle évite les souffrances inutiles et se fait en tenant compte de l’équilibre des espèces animales, ne me choque pas. Je crois seulement que la question de la liberté des animaux n’est pas futile et qu’elle mérite réflexion. Pour ma part, j’aimerais seulement que tous les animaux aient droit à la plus grande qualité de vie possible et qu’on ne les traite pas comme quantité négligeable lorsqu’ils ne nous sont plus utiles.
      En fait, ce sont les animaux d’élevage qui sont trop souvent traités comme s’il s’agissait d’objets : conditions de vie déplorables, abattage souvent très jeunes, élimination des sujets non désirés, etc.
      Tu m’avais déjà parlé de tes séjours de chasse contemplatifs (!) et cela me semble loin des grands désordres irrespectueux dont nous, les humains, sommes les champions toutes catégories! 🙁
      Au plaisir, mon ami! 🙂

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