14. L’amour, la beauté et la montagne


Hier, j’ai grimpé la montagne. La montagne qui est dans ma ville. Je l’ai grimpée avec ma blonde. Quelle bénédiction et surtout quel bonheur ! 😊

L’hiver, ma blonde et moi nous y rendons souvent en métro, parfois en auto. Et le printemps arrivé, nous y allons la plupart du temps à vélo. Nous grimpons la montagne à pieds. Nous suivons généralement le long chemin sinueux qui se rend doucement au sommet, mais nous adoptons toutes sortes de variantes, selon l’humeur ou l’énergie du moment. Plusieurs chemins de traverse sont possibles et la plupart ont été tracés spontanément par les personnes qui ont arpenté la montagne au fil du temps.

Ma montagne. Photo : Jean Gagnon, 2011.

Un grand escalier magnifique, tout en bois, a été aménagé et permet un raccourci vers le chalet du sommet à ceux qui l’empruntent. Sa montée constitue un défi pour la plupart des gens à la forme physique négligée ou peu entrainée. D’autres s’en servent justement pour s’entrainer et le grimpent à répétition à un rythme qui ne laisse pas de doutes sur leur condition physique !

Nos excursions à la montagne sont très agréables. C’est un peu comme si on retournait à la maison, régulièrement. C’est un coin de grande nature, et la nature, c’est la maison : l’endroit d’où nous venons ! Les paysages varient selon les saisons, parfois très dénudés et, en été, très enveloppants. L’hiver, à travers les arbres sans feuilles, on aperçoit plus la ville, en bas. Et l’été, les points de vue moins urbains, mais tout aussi vastes et captivants sont dessinés dans le ciel par la ligne des arbres, juste au-dessus des sous-bois dont la riche végétation capte notre attention avec ravissement. 😊

L’air est toujours meilleur, à la montagne. Lors des canicules d’été, c’est l’un des rares endroits où la température est parfois encore soutenable. La nature apaise, aussi. Je ne sais pas trop comment elle s’y prend, mais la majorité de ceux qui s’y attardent vous le diront : les pensées ralentissent, les sens s’ouvrent et on se détend… … Peu ou pas de miracles y ont lieu, bien sûr, mais c’est une oasis hors pair dans la vie folle que l’on mène souvent.

Au printemps, la renaissance de la forêt est particulièrement plaisante à parcourir : que de magie dans ce retour des apparats de la vie ! Les odeurs se font pénétrantes et riches. Les feuilles se déploient dans des circonvolutions aux allures innombrables. Et les fleurs se conjuguent en centaines de couleurs et de formes…

Doux printemps. Photo : Benoît Guérin, 2018.

Et comme pour ajouter à cette situation printanière déjà débordante, je me promène avec ma fée de la forêt à moi, que je trouve très belle et inspirante ! 😊

Beauté : nature versus plastique

J’en profite pour ouvrir ici une parenthèse concernant la beauté. La beauté, ça n’a rien de plastique, ça émerge de ce qui est en accord ou en harmonie avec la nature.

Bien sûr, il y a aussi la beauté telle que dictée ou suggérée par les modes ou les tendances : à une telle époque, les femmes sont plus « belles » avec des formes rondes et les hommes avec des corps musclés, tandis qu’à une autre époque, ce sont les femmes et les hommes minces qui sont « beaux ». Mais comment la beauté peut-elle complètement changer de formes au fil du temps et être aussi quelque chose qui existe physiquement ou… plastiquement ? En fait, il ne s’agit pas là de beauté, mais bien des stéréotypes ou des modes du moment. Ce n’est, en fait, qu’une illusion fort bien fignolée. Ce qui existe vraiment ne varie pas lorsque les goûts des gens changent.

Lorsqu’on se promène en forêt, les arbres les plus tordus sont souvent dits les plus beaux. Comment se fait-il que ce ne soit pas le cas chez les humains ?… Nous aspirons plutôt à des visages plus lisses que lisses, ou à des dents plus blanches que blanches et plus droites que droites, bien au-delà des nécessités de la mastication !…

Bien sûr, on dira que quelqu’un est beau intérieurement s’il n’est pas une « beauté » stéréotypée et qu’il est tout de même très attirant. Mais, dirait-on du bel arbre tordu que sa beauté est intérieure ? Bien sûr que non. Sa beauté – comme toutes les beautés – est extérieure ou, plus précisément, globale. Chez les humains, pour émerger des masses stéréotypées, il faut prendre conscience de la supercherie des dictats de la « beauté plastique » de même que de l’évidence de sa propre beauté, ni plus ni moins. Un humain comme les autres, mais libéré des tourments des préjugés sur la beauté. À ce propos, les arbres tordus ou droits ont une longueur d’avance puisqu’ils ne peuvent s’empêtrer dans des idées préconçues ! 😊 Fin de la parenthèse.

Portrait de Mona Lisa. Léonard de Vinci, 1503-1506.

L’amour : occurrence et provenance

Je suis donc très amoureux de cette femme avec qui je marche à la montagne depuis près de douze années ! Je l’aime comme je n’aurais pas cru aimer, auparavant. Ne vous y trompez pas, j’ai beaucoup aimé par le passé, mais je n’aurais jamais cru qu’un jour je jumellerais naturellement ma vie à celle de ma compagne. Une grande connivence et une forte complicité d’accord, mais loin de moi ces idées d’âme sœur aux allures de roman-savon ou de symbiose névrotique. Eh bien, me voilà pourtant dans quelque chose de semblable. 😊 Dès les premiers jours de notre rencontre, j’ai commencé à marcher sur un sentier où elle se trouve aussi. Qu’elle soit tout près ou en voyage à l’autre bout du monde, je ne songerais pas à tracer une route d’avenir où elle ne soit pas. Sauf peut-être de petits sentiers menant à des retraites de méditation où je me rapproche de cette condition fondamentale des êtres humains, où l’on est sans liens particuliers ; juste en contact avec tout ce qui se présente et qui passe…

C’est beau l’amour! Photo : Benoît Guérin, 2017.

En y réfléchissant, la qualité de mes relations me semble exceptionnelle. Qu’il s’agisse de ma relation amoureuse, de mes relations avec la famille ou avec les amis, toutes ces relations sont généralement très enrichissantes et satisfaisantes, depuis plusieurs années. Je crois que j’ai d’abord été très favorisé en vivant au sein d’une famille très aimante et suffisamment saine pour bien placer des limites. Des démarches thérapeutiques ont aussi grandement contribué à résoudre des problématiques qui m’empêchaient de vivre aussi pleinement que possible. Certaines psychologues dont je me souviens très bien m’ont beaucoup aidé à mettre le doigt sur des problématiques et surtout des solutions pour vivre mieux mes relations et ma vie, en général. Bien sûr, j’ai aussi fait des démarches à l’extérieur des thérapies pour approfondir les avenues ainsi ouvertes, mais ces spécialistes fort habiles m’ont bien fait cheminer.

Je me considère donc comme vraiment choyé : lorsque la soif de relations satisfaisantes s’apaise, on apprécie mieux la vie, en général, et les marches à la montagne, en particulier ! 😊

Alice au pays des merveilles. Illustration : Dawn Hudson.

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4 commentaires à propos de “14. L’amour, la beauté et la montagne”

  1. Je partage le point de vue de Danielle. Merci de nous avoir partagé tes amours et les petits gestes qui rendent ta vie plus belle.

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