3. L’écologie peut être fascinante


Les journées un peu plus chaudes sont de retour. Assis à mon bureau près de la fenêtre, en cette fin de février, je regarde le jour disparaître doucement en formant ses clairs-obscurs habituels. Le halo de lumière un peu magique, issu de ma rencontre avec Béatrice et son projet, persiste toujours…

La lumière y est encore, pourtant je me dis que le soleil doit être couché depuis plusieurs minutes. Je me souviens en effet du début de Conteur d’étoiles,  ce reportage d’Hubert Reeves que je présentais à mes élèves pour leur permettre de s’ouvrir à la dimension cosmique de notre environnement. M. Reeves nous y explique que nous ne voyons que le passé. La lumière doit atteindre nos yeux pour qu’on puisse voir quoi que ce soit. Elle voyage à 300 000 kilomètres par seconde. Celle du soleil met donc autour de 8 minutes pour parvenir à nos yeux. Conséquemment, lorsque nous regardons un coucher de soleil, en réalité, il n’est plus là depuis 8 minutes et… c’est le passé que l’on observe! Et lorsqu’on regarde les étoiles (qui ne sont peut-être plus là depuis longtemps!), dépendamment de la distance à laquelle elles sont, c’est des milliers, des millions ou même des milliards d’années dans le passé que nous observons, en direct. Quand même! La nature a de ces secrets fascinants que la majorité de mes élèves (et moi-même, avant d’enseigner) découvraient à travers ce reportage, souvent avec stupeur. Je jaserai peut-être de cet élément avec Béatrice, si nous nous rencontrons de nouveau. Elle a bien raison de croire que l’écologie peut constituer un sujet exaltant à explorer.

Le passé en direct! Photo : Benoît Guérin, 2018.

Et c’est tout aussi fascinant lorsqu’on pénètre dans l’univers du tout petit, en physique quantique. Je me souviens d’une capsule vidéo, que j’introduisais parfois en classe, dans laquelle était expliquée en bande dessinée une des premières expériences à la source de la physique quantique : la double fente et l’intrication. On découvre que ce qui compose le monde où nous vivons, les particules les plus minuscules, se comporte de façon très différente du monde visible à l’œil nu. Les lois de la nature n’y sont pas les mêmes. Par exemple, il est possible d’observer une même particule à plusieurs endroits en même temps. Qui plus est, le simple fait d’observer quelque chose change le comportement ou les propriétés de ce que l’on scrute et les électrons observés dans l’expérience de la double fente passaient d’un état de matière, semblable à des billes, à celui d’ondes avec une manifestation fluide comme de l’eau! C’est, à tout le moins, déroutant et les réactions de mes élèves ne laissaient pas de doute là-dessus!

Il en va de même de la théorie de la relativité d’Einstein qui se résume, pour la plupart d’entre nous, à E=MC². Mais lorsque cette théorie est bien illustrée et expliquée habilement comme dans les petites capsules qu’un prof de collège a placées sur YouTube, cela devient passionnant. Par exemple, dans l’une de ses capsules, il démontrait que si on pouvait faire un voyage — d’un an — dans une fusée se déplaçant à 99,999 99 % de la vitesse de la lumière, à notre retour sur la Terre tout aurait vieilli de… 2000 ans! 😐 Pour vivre cela, c’est seulement la fusée allant à de telles vitesses qui nous manque. La vitesse ralentit l’écoulement du temps. C’est un fait vérifié scientifiquement, mais… peu d’entre nous en sont conscients. Cette capsule provoquait généralement la surprise et ravivait souvent de bien grands rêves chez les élèves. La science et l’écologie ont décidément de ces petits recoins peu visités qui possèdent de belles possibilités évocatrices ! Je pense aussi que le prof qui a concocté ces capsules pourrait faire un présentateur hors pair pour La fin des milliardaires.

Par ailleurs, même l’écologie la plus traditionnelle, celle qui étudie les animaux, les arbres ou les insectes, peut nous transporter allègrement. C’est du moins ce que j’ai constaté fréquemment et de façon généralisée dans mes classes, en visionnant des passages choisis de la série Planète Terre. Par exemple, ces ours polaires sortant au printemps de l’immensité de neige dans laquelle ils ont hiberné. D’abord, la mère, puis les deux petits qui voient le jour pour la première fois, car ils sont nés et ils ont vécu leurs premières semaines sous la surface. Ils glissent sur les pentes enneigées et jouent sous le regard bienveillant de leur mère. Cela donne une tout autre allure à cet animal emblématique des problèmes liés à l’actuel réchauffement climatique : on s’attache instantanément! Le lien avec nous devient bien réel et le goût de préserver l’habitat de ces ours a peut-être plus de chance de grandir à partir de là!… Il en allait ainsi des autres animaux, poissons, insectes et oiseaux que nous avions la chance de découvrir dans ces reportages. Et que dire aussi des coraux resplendissants ou des arbres magnifiques rencontrés, baobabs exotiques ou séquoias géants, qui provoquaient de pareils élans de rapprochement!😊

Attentive tortue. Photo : Benoît Guérin, 2017.

Des géants sur mon balcon

J’ai d’ailleurs tellement été impressionné par ces séquoias géants que j’ai approfondi mes connaissances sur eux : milieu de vie, conditions de croissance favorables, etc. Avec le réchauffement des dernières années, j’ai constaté que ma ville avait maintenant un climat qui pourrait théoriquement permettre à ces géants de la forêt (le plus gros être vivant!) de s’établir. J’ai bien essayé d’en trouver dans les pépinières autour, mais sans succès. L’an passé, j’ai tenté ma chance avec des graines de séquoias géants de la Californie commandées par internet. C’était une première expérience. Quel bonheur (presque une fierté!), quelques semaines plus tard, lorsque j’ai vu mes petits séquoias sortir de terre ! J’ai d’ailleurs partagé ces moments avec mes élèves d’alors en leur montrant des photos des nouveau-nés! 😊

Bébé séquoia géant. Photo : Benoît Guérin, 2016.

Mes bébés séquoias ont grandi tout l’été à l’extérieur, sur mes galeries avant et arrière. Quelques-uns n’ont pas survécu, mais la plupart étaient encore vivants à l’automne passé. Des choix étaient à faire : placés à l’intérieur peu de conifères survivent au chauffage hivernal et pour être laissés à l’extérieur ils me paraissaient encore bien petits!… J’y suis donc allé avec toutes sortes de stratégies, à l’extérieur (en pots ou dans la terre) comme à l’intérieur (plus ou moins chauffé et éclairé). J’en ai aussi donné aux amis et voisins qui, pour plusieurs, suivaient l’évolution des petits sur mon compte Facebook. D’ici un mois ou deux, je devrais être en mesure de faire le point sur les résultats de cette phase critique. En attendant, j’ai sorti les graines de séquoias qui restaient encore dans mon réfrigérateur et j’en ai planté une autre cinquantaine, juste pour voir, une fois de plus…

Depuis plusieurs années je m’intéresse à la nature autour de moi : les arbres, les animaux, les plantes, les champignons, etc. Je trouve apaisant et énergisant d’être au contact de la nature et je tente de l’être le plus souvent possible, en ville comme à la campagne ou en forêt. Pour améliorer la qualité de mon environnement et agrémenter celui-ci, j’achète et plante divers végétaux autour de chez moi et parfois un peu plus loin, sur certains terrains peu ou pas aménagés appartenant à ma ville.

Dans l’un des reportages que j’utilisais en classe, un grand scientifique de chez nous disait que la défense de l’environnement ce n’était pas une seule grande action, mais bien plutôt une accumulation de petits gestes visant à préserver ou à améliorer l’état de la nature. Dans cette perspective, toutes les personnes prenant soin de leur environnement naturel sont aussi un peu des écologistes, au même titre que les experts du domaine ou ceux et celles qui œuvrent dans des organismes du domaine. En tout cas, à notre époque de crise environnementale, tous les gestes visant à améliorer la situation méritent d’être soulignés et encouragés! 😊

En complément : Discours de Greta Thunberg (15 ans) à la COP24 des Nations Unies, le 4 décembre 2018 (3:19) : « Le changement arrive, que vous le vouliez ou non. »

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11 commentaires à propos de “3. L’écologie peut être fascinante”

  1. Merci pour cet article sur l’écologie. Ce dernier rejoint mes centres d’intérêt. J’aime beaucoup les émissions Découvertes et La semaine verte, car elles sont remplies d’informations pertinentes sur le monde dans lequel nous évoluons. Ta fascination pour l’écologie me rejoint.

    • Merci de prendre le temps de commenter François. J’apprécie!…
      Le terme écologie vient du grec “oikos”, maison et “logos”, science, connaissance. C’est beau quand même l’idée de connaitre ou d’explorer notre maison, le vivant ou le monde! 🙂

  2. Bonjour Benoit…… C’est un plaisir de te lire…. simple et vrai… et qui stimule notre appréciation de notre environnement!!! Je veux un séquoia si tu en sème ce printemps!!!Bonne journée 🌈🌈🌈

    • Merci Pierre.
      Je te réserve un séquoia sans problème. Il y en a déjà quelques-uns qui passent l’hiver entre les châssis doubles. On s’en reparlera d’ailleurs, car ces petits conifères sont assez allergiques au chauffage de nos logements!… 🙂
      Bonne journée et à+

  3. Quel formidable enseignant tu as été et est toujours, Benoît !

    L’attachement à d’autres que nous les humains j’y crois aussi. Au point de considérer que c’est bien une nouvelle vision du monde qui accorde une importance égale à tous les êtres-vivants animaux, plantes, champignons, bactéries etc (l’homme non distingué de la nature) que nous devons maintenant mieux embrasser. Je dis mieux parce qu’apparemment plusieurs groupes humains l’on fait (les peuples autochtones ?) ou le font encore. Sur cette question j’ai découvert récemment le travail de Philippe Descola. Dans le domaine des biens communs aussi, j’explore actuellement le travail de Lionel Maurel, un bibliothécaire français de talent et juriste (https://scinfolex.com/author/calimaq/) qui réfléchit actuellement à la notion de ressources et au droit de la nature. Apparemment, il y a déjà dans le monde des rivières par exemple qui ont un statut d’être à part entière et donc détenteur de droits. Dernière découverte en date grâce à ce précieux Lionel Maurel, le travail de Donna Haraway (https://m.youtube.com/watch?v=GrYA7sMQaBQ) qui parle notamment de nouvelles communautés de survivance mutuelle formées d’associations homme-animal basées sur l’attachement parfois désintéressé (voir l’exemple de cette communauté partie de l’attachement improbable d’un biologiste et d’une familles particulièrement mignonnes d’escargots).

  4. Autre précision, dans le cas de la personnalité juridique donnée à la rivière Te Awa Tu Pua de Nouvelle Zélande, elle est un sujet de droits non comme une entité mais comme expression d’une relation d’inséparabilité entre humains et non-humains sur un territoire donné, conçu comme un milieu de vie dont la santé et le bien-être doivent être préservés. L’Etat néozélandais n’a donc pas opéré un transfert de propriété au profit des communautés maoris, mais a déclaré ces terres inappropriables et inaliénables, en mettant en place des mécanismes institutionnels pour permettre aux communautés maoris d’exercer la gestion effective de ces territoires. Un binôme de représentants légaux (dénommé l’aspect humain de la rivière) – l’un désigné par les Maoris, l’autre par l’État néo-zélandais – a par ailleurs été instauré pour servir de porte-paroles à Te Awa Tupua. Voir l’article de Lionel Maurel : https://scinfolex.com/2019/06/25/des-lieux-aux-liens-ce-que-les-communs-font-a-la-propriete/.

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