19. Magnolia et congrès solidaire


Mon magnolia devant la maison est en fleurs depuis quelques jours déjà. Je dis « mon » magnolia, car je l’ai choisi, magasiné et planté avec amour ! 😊 C’était à l’été de notre arrivée au deuxième étage du duplex où nous sommes actuellement copropriétaires. Je retrouvais alors un contact avec la terre, que j’avais perdu depuis l’adolescence en vivant dans des logements en location.

Mon magnolia. Photo : Benoît Guérin, 2017.

À la fin mai, mon magnolia produit de larges fleurs roses au parfum suave et prononcé. Il fait notre bonheur, celui du voisinage et celui de nombreux passants ! Tout à côté de lui sur notre petit terrain, le nouveau rhododendron que j’ai planté cette année, débute une floraison violacée chatoyante… Le printemps s’en donne à cœur joie : fleurs, odeurs, couleurs, feuilles, formes diverses, nouvelles tiges, etc. Que c’est plaisant d’en être témoin, en particulier en ce petit matin frais et ensoleillé ! 😊

Je prends un vélo en libre-service pour me rendre à mon café de prédilection, saluer les amis et écrire un peu, avant d’aller au congrès solidaire et écologique de ce jeune parti auquel j’adhère. Je prévois participer à titre d’observateur aux discussions qui auront lieu pour adopter la dernière partie de son vaste programme politique. Il y aura aussi des discussions et des votes sur de possibles alliances avec d’autres partis pour contrecarrer la marche néolibérale qui domine actuellement. Des représentants seront également élus pendant ces quatre jours de congrès. Cela devrait m’aider à préciser mon degré de connivence avec ce parti, ses façons de faire et ma possible implication future…

Congrès solidaire : jour 1

Ma première journée est terminée et j’en ressors très positif. Mon statut d’observateur me convient, car je commence à peine à me familiariser avec les contenus précis du programme du parti et je ne trouverais guère pertinent de me prononcer déjà sur le rejet ou l’adoption d’éléments divers. Nous étions quelques centaines de participants et la plupart ont le statut de délégué qui donne pleinement le droit de vote et de parole.

Pendant la rencontre, j’ai beaucoup apprécié le grand professionnalisme de ceux et celles qui présidaient aux discussions et aux votes : règles clairement expliquées et rigoureusement appliquées, grand tableau d’affichage électronique des temps de paroles, etc. Les différents points débattus s’éclairaient avantageusement lors des interventions et l’ambiance était très cordiale. Les boites à lunch du midi étaient savoureuses et tout était bien prévu pour récupérer et composter les résidus des repas. Quand on se dit solidaire et écologique, c’est particulièrement important qu’on le soit avant même de prendre éventuellement le pouvoir ! Certains éléments du programme que je découvrais m’ont grandement plu. Par exemple, la façon d’aborder les drogues et dépendances comme une question de santé publique, avec peu ou pas de jugements sur les individus qui font de tels choix, est particulièrement inspirante. Enfin, j’ai l’impression qu’on met en place une façon de faire s’appuyant sur le respect des choix des autres (solidarité) et non sur la peur ou des idées que l’on voudrait imposer.

J’ai quitté le congrès en fin d’après-midi, afin de rejoindre ma blonde et un ami au Jardin botanique pour une petite tournée printanière. Nous avons parcouru les allées de ce magnifique grand jardin public avec beaucoup de bonheur ! Entre les diverses variétés d’arbres et d’arbustes fraîchement habillés de leurs vêtements saisonniers, nous humions les magnolias et les lilas… Puis, parcourant doucement le jardin nous avons suivi les chemins sinueux entourant les rhododendrons et les azalées en fleurs, sous les grands conifères et près des fougères. Finalement, nous nous sommes étendus, comme beaucoup d’autres personnes, sous les pommetiers et les cerisiers en fleurs enivrés d’odeurs et de couleurs, parties prenantes du décor ! 😊

Ci-dessous : Jardin botanique. Photo : Benoît Guérin, printemps 2018.

Congrès : au matin du jour 2

Aujourd’hui j’ai convaincu Dorothée de venir faire un tour au congrès, ne serait-ce que pour se réconcilier avec le professionnalisme du parti dans les situations de rencontres à large échelle. On se rejoint en fin d’avant-midi pour la séance où l’on devrait connaître les nouveaux représentants et représentantes élus du parti. En début d’après-midi, on assistera à la discussion sur une alliance possible avec un autre parti politique et on conclura ensuite notre journée, car l’horaire de travail de Dorothée est bien assez lourd sans surcharger le dimanche !

Retour sur le jour 2

Hier, nous avons eu droit à une belle partie de journée au congrès. Dorothée a viré son capot de bord en ce qui concerne le déroulement d’assemblée de ce parti, car la réunion s’est encore une fois déployée rondement et elle a beaucoup apprécié !

Par ailleurs, les résultats d’élection des nouveaux représentants du parti ont été conformes à ceux attendus de la majorité. Les présentations et discours associés ont donné lieu à une rare période d’effervescence de l’assemblée. Dorothée et moi avons quitté en fin d’après-midi après un vote assez unanime permettant aux représentants du parti de négocier une éventuelle fusion avec un autre parti plus petit aux orientations rapprochées.

En fin de soirée, en écoutant les nouvelles à la télé, j’ai toutefois appris que la journée s’était terminée par une fermeture face à une éventuelle alliance avec un autre parti, beaucoup plus gros ; j’avoue que cette fermeture à la négociation m’attriste et me désole un peu, mais… voilà où le bateau s’en va et cela ne m’empêchera pas d’y demeurer pour le moment.

Le débat sur les langues – séance de l’Assemblée législative du Bas-Canada le 21 janvier 1793. Charles Huot, 1910-1913.

Jour 3 du congrès

Ce matin, je m’en vais assister à une séance où il sera question du dernier élément du programme : l’aspect altermondialiste. J’ai beaucoup d’atomes crochus avec cet élément si rarissime dans la plupart des partis traditionnels ou… néolibéraux. L’ouverture sur le monde pour en être solidaire et responsable au lieu d’en profiter, sans retenue, économiquement. Cela m’allume particulièrement ! 😊

De retour de ma dernière incursion au congrès, j’en fais un bilan très positif. L’intuition m’ayant mené à devenir membre de ce parti s’est avérée bien fondée. Je me sens en phase avec nombre d’aspects du programme ainsi que des façons de faire et de dire de ce parti. Ce matin, j’ai justement remarqué que l’expression droits humains était employée systématiquement pour remplacer l’expression conventionnelle, voire conservatrice, des droits de l’homme. À ce moment-là, comme à de rares occasions dans ma vie, j’ai eu l’impression apaisante d’être rentré à la maison ! 😊 D’être à un endroit, ou dans un vaste cercle d’appartenance, où l’on emploie des mots jusque-là bien trop rarement entendus. Depuis des années que je suis surpris en lisant tel ou tel auteur, souvent masculin, mais parfois aussi féminin, qui parle des droits de l’homme à l’intérieur de propos pourtant progressifs. À chaque fois le même malaise : comment quelqu’un d’aussi sensible aux autres peut-il employer ce mot si campé au masculin alors qu’un autre est disponible ?…

Arriver quelque part où une telle façon de voir et de dire va de soi représente un événement digne de mention pour moi ! J’ai déjà eu un sentiment semblable, il y a plusieurs années, en débarquant dans une fraternité d’entraide où je me suis senti particulièrement chez moi, de façon désarmante et tellement naturelle. Le sentiment est moins prononcé cette fois-ci, mais je suis bien content de rencontrer de nouveau un tel parfum…

Assis à la fenêtre de mon bureau, de retour à la maison, ma prochaine rencontre avec Béatrice au début de la semaine prochaine me revient en mémoire. Il me semble que ça fait une éternité ! Et pourtant, j’ai aussi l’impression qu’on ne s’est pas complètement quitté la dernière fois… Ma récente plongée en politique fait largement écho à l’établissement d’une humanité unifiée dans le projet de La fin des milliardaires. Je me demande bien de quoi aura l’air notre prochaine rencontre alors que Béatrice sera revenue depuis peu d’un long voyage de travail en pays nordiques et de mon côté je me prépare au voyage de vacances que ma blonde et moi entreprendrons dans à peine deux semaines…

Congrès a posteriori : des Gaulois chez… les Gaulois  

Je croyais avoir terminé mon topo de mon bain de politique de la fin de semaine passée, mais la caricature quotidienne de mon journal m’incite à vous raconter une dernière anecdote. Dans la foulée des nombreuses réactions exprimées à la suite du rejet de l’offre d’alliance avec le plus gros parti, la caricature montre le dirigeant de chacun des partis qui fait face à l’autre dans une prise de bec caricaturale, sous les apparences de Gaulois qui se chamaillent entre eux comme dans les bandes dessinées d’Astérix !… Eh bien moi je portais, par choix conscient, un t-shirt illustrant Astérix et Obélix à l’une des journées du congrès ! J’aime les belles histoires colorées, elles m’aident à cheminer à travers la grisaille ambiante. Il me semblait que la participation à une assemblée politique résolument solidaire et écologique faisait écho à ces histoires de Gaulois résistant obstinément à la domination des Romains. Ça me faisait sourire…

J’ai toutefois eu l’impression que la situation évoquait plutôt la résistance de Gaulois parmi les Gaulois – ou d’humains parmi les humains – plutôt que celle de Gaulois face aux Romains. Lorsque « l’ennemi » est dans la même gang ou la même famille que nous, le défi est plus grand. Il ne suffit plus de défaire l’ennemi, mais plutôt de concilier les points de vue pour tenter de satisfaire le plus grand nombre…

Les Femmes gauloises. Auguste-Barthélemy Glaize, 1851.

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2 commentaires à propos de “19. Magnolia et congrès solidaire”

  1. Bravo pour avoir osé te frotter à la réalité d’un parti politique qui doit composer avec les divers points de vue de ses membres. Pour ma part, je n’ai jamais osé plonger dans une expérience similaire. Je me rappelle l’expérience du prêtre Raymond Gravel sur la scène politique fédérale. Il rêvait de faire une différence. Il s’est retiré après un premier mandat de quatre ans après avoir constaté les limites de son implication en politique. Il ne faut jamais oublié que la politique est l’art du possible. Je te souhaite un beau parcours avec le parti que tu apprends à apprivoiser. Au plaisir !

    • Salut François,
      Pour le moment, mon incursion en politique est bien mince. J’explore encore à l’occasion certaines réunions…
      J’ai donné mon nom, il y a déjà longtemps, pour participer à des comités de travail (finances et éducation), mais je n’ai pas eu de retour.
      Et je ne me sens vraiment pas appelé à inciter les autres à joindre les rangs d’un parti auquel j’adhère encore avec passablement de retenue! Les compromis, stratégies et autres vicissitudes politiques me gardent, pour le moment, bien plus en situation de support extérieur que d’implication de l’intérieur.
      Par ailleurs, j’ai encore la conviction que seul un parti résolument ancré dans des valeurs d’équité sociale et de préservation de l’environnement peut – possiblement – nous mener sur une voie généralisée de contentement et de pérennité humaine et écologique.
      Alors un tel parti a mon appui inconditionnel et pour le reste… on verra bien! :)… …
      Prends bien soin de toi et au plaisir!

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