18. Inondations, réchauffement climatique et politiques à développer


Le printemps est assombri par les imposantes et nombreuses inondations. Des milliers de personnes ont essayé désespérément de sauver les meubles en s’affairant, nuit et jour, à barricader leur maison ou à pomper l’eau avec les moyens du bord. D’autres ont été forcés de quitter la demeure en catastrophe à la suite de hausses subites et majeures du niveau d’eau. Plusieurs sont déplacées dans des endroits de survivance, loin de leur foyer en perdition avancée. Des lendemains très difficiles se profilent pour toutes ces personnes !…

Napoléon visitant Tarascon lors des inondations de 1856. William Bouguereau, 1856.

Les inondations sont naturelles, mais elles sont plus intenses et fréquentes. Cela est principalement le fait de l’actuel réchauffement climatique qui est provoqué par notre combustion abusive de gaz à effet de serre (GES). Encore une fois, ce n’est pas mon opinion, mais bien l’avis d’une très vaste majorité des météorologues et autres scientifiques concernés.

Au cours des dernières semaines, dans le journal, non seulement les situations très problématiques et souvent dramatiques des sinistrés sont exposées, mais des articles viennent régulièrement nous rappeler que la situation actuelle n’est pas circonstancielle. Il ne s’agit pas que d’un aléa de la nature, mais plutôt d’une situation issue de la structure même de notre société qui ne cesse de carburer aux GES.

Ce matin, c’est un doctorant en sociologie et enseignant au collège qui nous rappelait les incohérences de nos actions dans un article du journal. Et oui, nous favorisons encore le développement des énergies fossiles (liées aux GES) à travers des projets d’extraction de combustibles fossiles ou de prolongement de pipelines et parallèlement, nous déplorons l’actuel réchauffement climatique. C’est un peu comme si l’on disait que, malheureusement, nous ne pouvons rien y faire, alors que ce sont manifestement nos actions qui provoquent la situation. Si nous l’avons mis en place, il est assez évident que nous pouvons aussi la changer ! Et pourtant…

Cela me fait penser à de mauvaises habitudes alimentaires qui provoquent des problèmes liés au surpoids. Ou encore à cette très mauvaise habitude (que j’ai déjà eu aussi), tellement répandue, de fumer la cigarette. Nous savons alors qu’un changement s’impose, mais c’est parfois tellement difficile de changer nos façons d’agir que nous continuons avec ces comportements nocifs. Alors, ce n’est pas tellement surprenant qu’à l’échelle globale nous adoptions des façons de faire semblables…

Inondation à Giverny. Claude Monet, 1896.

Mesures drastiques pour changements nécessaires

Cela me rappelle l’article d’une chroniqueuse de notre journal quotidien qui, un jour, écrivait qu’elle souhaitait qu’on mette en place des lois qui pourraient nous contraindre à changer ses mauvaises habitudes : ajouter des taxes à l’achat des véhicules très énergivores, bannir les sacs plastiques ou les gobelets de carton (l’habitude des cafés pour emporter – dans des verres de carton – bat son plein chez nous) ou augmenter le prix de l’essence. Il n’y a souvent que ce genre de contraintes ou de dérangements pour nous amener à changer certaines habitudes.

Les chances de succès d’implantation de ce genre de changements augmentent proportionnellement à la confiance que la population accorde à ses dirigeants. Évidemment, pour que nos dirigeants osent généraliser de telles mesures, il faut aussi qu’une large proportion des populations admette, même à contrecœur, que celles-ci doivent être adoptées. Dans mon travail d’enseignant, j’avais souvent à adopter des mesures pour favoriser des changements, et ce en particulier, en ce qui concerne les comportements en classe. Dans la mesure du possible, j’essayais d’abord de mettre en place des moyens d’incitation ou du renforcement positif comme, par exemple, en soulignant verbalement les actions facilitant le bon fonctionnement. Mais, malheureusement, lorsqu’un comportement très dérangeant pour le groupe persistait tout de même, je devais alors appliquer des punitions ou un renforcement négatif. Ce n’est pas l’idéal, mais – à ce moment-là – l’idéal ne suffisait pas ! Alors, peut-être que socialement, c’est un peu la même chose…

Parallèlement, nous devons bien sûr mettre en place le plus d’incitations positives possible : amélioration du transport en commun et des facilités de transport actif (vélo et autres), subventions au développement ou à l’utilisation d’énergies propres (solaire, éolien, etc.), subventions à l’achat de véhicules moins énergivores, etc. Mais, étant donné l’aggravation incessante de la situation du réchauffement climatique planétaire, il parait – aussi – nécessaire d’utiliser plus d’incitatifs négatifs, afin de freiner nos mauvaises habitudes.

L’Inondation à Port-Marly. Alfred Sisley, 1876.

Quoi qu’il en soit, il semble bien que l’on doive vivre – pour plusieurs années encore – avec un bon lot de conséquences très difficiles liées à notre surconsommation d’énergies fossiles. Alors, nous disent la plupart des spécialistes concernés, il faudra s’adapter aux différentes situations issues de l’intensification annoncée des déchaînements de la nature : inondations, tempêtes, sécheresse ou autres.

Je vois surgir une image de la nature s’exprimant de plus en plus intensément à mesure que nous, les humains, nous éloignons de plus en plus d’elle, comme si on s’éteignait graduellement… Cette image me saisit soudain. Quel contraste ! La nature et l’humanité pourraient aussi bien être des vases communicants où l’impétuosité bien enracinée des humains se déverserait dans le grand paysage qui l’abrite… Les fruits de la grande nature explosent de plus en plus, alors que nous, comme des raisins pensants, nous desséchons depuis un bon bout de temps, me semble-t-il…

Au crépuscule. Photo : Benoît Guérin, 2018.

Heureusement, les inondations, comme toutes les autres situations d’urgence environnementales ou sociales, déclenchent souvent de grands élans d’entraide et de solidarité. 😊 Il me semble que ces rapprochements humains sont comme l’eau qui jaillit des rochers et vient heureusement gonfler et réhydrater les raisins égarés que nous sommes trop souvent ! Il y a de quoi raviver un peu la flamme ou l’espoir, peut-être… Encore une fois, il me revient en mémoire cette phrase, issue de la sagesse orientale, je crois : « Ni trop d’espoir, ni trop de crainte. » Quelque part entre ces deux extrêmes se profile peut-être le léger sourire de la vie qui jaillit, continuellement… sous toutes ses formes… …

Parenthèse

Et pendant qu’Alice se baladait au pays des merveilles, un peu plus déroutée à chacune de ses rencontres, une jeune femme passait, devant chez moi. Voici le souvenir qui l’habite peut-être maintenant :

Je marchais nonchalamment sur la rue, absorbée dans mes pensées, comme à la télé

Quand un buisson de cerisier en fleurs me prit dans son panache enivrant, complètement

Je cassai alors l’une de ses branches, machinalement, comme pour demeurer avec lui

À ce moment-là, son jardinier m’interpella, vivement, et c’est avec lui que je poursuivis plutôt mon chemin, honteuse

Et pour cause ! dirais-je, de mémoire de jardinier, mais sans rancune ! 😊

Alice au pays des merveilles. Illustration John Tenniel.

Chapitre précédent                                Chapitre suivant →


2 commentaires à propos de “18. Inondations, réchauffement climatique et politiques à développer”

  1. Bonsoir Benoit. Je partage tes points de vue sur les changements climatiques qui contribuent à créer bien des catastrophes. Plusieurs personnes sont sensibles aux enjeux climatiques actuels et le crient haut et fort comme le font les groupes étudiants qui sont descendus dans les rues récemment. Des incitations pénalisantes (hausse substantielle du prix de l’essence) s’imposent à mon avis, car les incitations positives ne suffiront pas à changer les mentalités. En attendant, comme toi, je constate des gestes d’entraide et de solidarité qui sont encourageants. Je croie en les capacités humaines de s’ajuster aux changements climatiques, sans paniquer pour autant, malgré l’urgence des changements à apporter. Au plaisir !

    • Salut François,
      Je crois aussi aux capacités humaines pour faire face aux changements qui s’imposent. Je pense toutefois que nous tardons beaucoup trop à mettre en action les changements qui s’imposent.
      Plusieurs écopent déjà : multitudes réfugiés ou inondés, animaux morts, espèces disparues, etc.
      Je constate donc que notre capacité d’agir – à temps – est défaillante. J’espère qu’elle saura se réveiller avant de provoquer des conséquences irrémédiables plus grandes encore…
      De mon côté, j’essaie aussi d’agir de plus en plus à la hauteur des problématiques actuelles, car la belle Terre sur laquelle nous vivons me semble en valoir largement la peine! 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*