22. Page blanche et images multicolores


Je me souviens d’une chanson que j’adore. Elle s’intitule Le lac multicolore. Cette magnifique chanson, d’un auteur-compositeur bien de chez nous, évoque avec moult images colorées le monde tel que vu à travers les yeux de l’enfance. Plus particulièrement, l’auteur nous renvoie aux souvenirs des épisodes de l’enfance pavés par notre imagination. Des moments où le monde prenait des allures magiques, alimentées par les tournures des histoires qu’on y concoctait. Des histoires comme celles qu’Alice tricotait, au pays des merveilles. Dans cette chanson, l’auteur questionne : Qu’as-tu fait des petits riens que l’enfance dore ?…

Le lac multicolore. Photo : Benoît Guérin, 2018.

Voilà ! La table est mise pour vous parler un peu de mon état d’esprit du moment. Je suis partagé entre l’impression qu’il n’y a rien à dire et l’envie de peindre de grandes fresques où l’humanité exulte et la nature resplendit !

Avec l’été qui est bien installé, on dirait parfois que la vie s’est arrêtée. Ou plutôt qu’elle s’est mise en veilleuse. Les gens partent en vacances. La chaleur ralentit souvent le rythme des mouvements. La nature nous enveloppe dans ses verts infinis, ses fleurs, ses fruits et ses odeurs bien nourries. Il me semble que l’on sommeille souvent, dans ce contexte vermeil… Les guerres, les famines et les autres misères en tous genres sévissent encore, mais elles me semblent momentanément anesthésiées dans le contexte estival. Évidemment, ce n’est qu’un mirage…

Fresque nature. Photo : Benoît Guérin, 2007.

Je nous imagine…

… dans un monde retourné, comme une crêpe, de la compétition à la collaboration : la crainte fait place à la confiance. Nous avons tous une place au sein de la grande équipe. Certains s’isolent, mais tous sont invités. Quel retournement ! Les grandes actrices et les grands acteurs se multiplient dans le nouveau théâtre qui a pris place. Ils s’empressent d’aménager leur coin de planète collaborative au mieux de leur conscience. Ils et elles travaillent autant dans la politique que dans les affaires, dans la mode que dans la plomberie ou l’architecture. Les ponts se tissent, au-delà des frontières, à la grandeur de la planète, graduellement. Tout cela était déjà un peu présent, évidemment, mais il semble que le courant soit maintenant dominant, et cela est très apaisant…

Sérieux? Photo : Benoît Guérin, 2018.

Là où régnaient les alliances, souvent obscures et toujours partielles, règne maintenant une humanité de plus en plus largement unifiée. Sur notre planète où les fissures se referment lentement, la large assemblée du vivant reprend sa place, graduellement… … Les espèces ont cessé de disparaitre à un rythme affolant. La température a cessé de grimper. Les tempêtes ont cessé de croître en intensité. Les glaciers, ou ce qu’il en reste, se stabilisent. On dirait que le moteur de la marche du temps s’immobilise et qu’il changera bientôt de direction comme s’il s’agissait d’un mouvement organique où les humains reprennent leur place dans la grande valse de la nature. On peut même espérer que les grands élans destructeurs d’autrefois feront place à d’ingénieuses avancées pour maximiser le bien-être de tous les êtres vivants… 😊 Fin de l’esquisse.

Qu’il est bon de rêver un peu ! On peut dire tout ce qu’on voudra de la fiction ou du rêve, mais c’est tout de même ce genre d’images qui génèrent invariablement tous les changements. Que ce soit pour le pire ou pour le mieux. Rien d’absolu là-dedans non plus. Mais ça fait du bien, pour sûr, de dresser ainsi des tableaux où les couleurs se marient sur de larges surfaces et ce, au beau milieu de notre monde pointilliste où les couleurs persistent plutôt obstinément en de très petits ilots aux frontières gardées jalousement.

Composition improbable. Photo : Benoît Guérin, 2018.

Mon frère d’hôpital

Hier soir, ma blonde et moi avons souligné l’anniversaire d’un ami. Mon frère d’hôpital. Mon ami rencontré à l’hôpital, il y a plus de 25 ans. Tous deux éclopés du bonnet temporairement, nous avions partagé une chambre pour quelques jours. J’étais en pays étranger, voyageur de passage. Lui était en terrain plus familier, malheureusement. Vous vous rappelez ? Je vous l’ai présenté brièvement, en avril dernier…

Dans le grand cirque que constitue le monde moderne performant des pays riches, nombreux sont ceux qui tapissent les lignes de côté. Incapables de prendre place dans le grand spectacle hyperactif. Laissés-pour-compte. Que ce soit par négligence, par ignorance ou pour toutes les meilleures raisons du monde, nous laissons derrière nous une immense foule d’éclopés en tous genres. Et nous avons bien peu de temps à leur accorder ou, plutôt, à « nous » accorder.

Gilles et moi sommes de fidèles amis depuis quelques décennies. Je partage avec lui des moments privilégiés d’une nature assez unique dans mon entourage amical. Nous dessinons parfois ensemble, nous échangeons sur la beauté du monde qui nous entoure au moment de nos rencontres : les tableaux sur les murs ou les fleurs sur notre passage. Nous échangeons aussi sur les aspects fondamentaux de nos vies respectives : les amitiés, les joies et les difficultés, les questionnements, etc. Puis, on se salue chaleureusement dans une étreinte bien sentie et nous poursuivons nos chemins, trop parallèles me semble-t-il tout de même, jusqu’à la prochaine rencontre…

Ce souvenir d’hier ravive spontanément toutes mes visions d’un monde meilleur où l’on est plus conscient de l’autre, plus généreux, plus inclusif, plus collaboratif ou même fraternel, et moins destructif aussi, bien sûr. Toutes ces aspirations qui m’ont amené hier à enseigner et aujourd’hui à faire du coaching, du bénévolat et quelques projets de plus grande envergure comme celui auquel je contribue un peu avec Béatrice. À ce propos, j’ai échangé quelques courriels avec elle et Réal, dans les derniers jours. Nous avons décidé de nous réunir, tous les trois, pour la prochaine rencontre qui était initialement prévue entre Béatrice et moi seulement. D’ailleurs, nous avons un peu recadré le sujet de la rencontre pour le placer dans des couleurs de légèreté plus estivale ! Cela me semble sage, car tous les vents d’été semblent souffler dans la direction de la détente, du renouvellement ou de l’ouverture… Alors, on fera comme les fleurs et on s’ouvrira aux pollinisateurs du moment !… 😊

Sut la galerie. Photo : Benoît Guérin, 2014.

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4 commentaires à propos de “22. Page blanche et images multicolores”

  1. Quelle prose mon cher Benoit ! Tu as la plume facile et tu sais mettre les nuances qui s’imposent dans tes écrits. Comme toi, je continue de rêver d’un monde meilleur où la collaboration remplacera la compétition, où la crainte fera place à la confiance et où chaque personne humaine pourra être heureuse et vivre en paix. Heureusement, des personnes passent à l’action dans ce sens en célébrant la richesse de la diversité culturelle à Saint-Jérôme. Ce samedi 6 juillet, le Festival du Monde sera de retour pour une douzième année de 11 h à 20 h à la Place des Festivités, à proximité du Théâtre Gilles-Vigneault, à Saint-Jérôme. Je rends hommage à Lyne Chaloux et à son équipe du Coffret de nous offrir à nouveau cette célébration de la diversité culturelle, tout en prenant un virage écoresponsable. Au plaisir !

    • Merci pour les bons mots François. Je suis content qu’ils fassent écho chez le rêveur-activiste que tu es aussi! 🙂
      Par ailleurs, je place ici le site du Festival du Monde en lien (en bleu), afin que les personnes intéressées puissent y jeter un coup d’œil. Je trouve aussi qu’il s’agit là d’une belle et inspirante initiative.
      Au plaisir!

  2. C’est toujours aussi agréable de te lire et tes photos sont magnifiques. Je me souviens du papillon car moi aussi je l’ai immortalisé…À bientôt xx

  3. Merci Danielle.
    Tu as bonne mémoire. Je crois en effet qu’il s’agit du papillon qui se trouvait sur notre galerie lors de ton passage, il y a quelques années déjà…
    À bientôt xoox

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