5. L’Amour et le Monde


L’amour, ce mot aux mille facettes qui, comme un kaléidoscope, souvent fascine et attire beaucoup, parfois repousse. Un mot rempli de couleurs, en tout cas, de façon indéniable. Un mot que l’on retrouve encore une fois dans les valeurs de base d’une très vaste partie de notre humanité.

L’AMOUR ET LE CRÂNE
vieux cul-de-lampe
CHARLES BEAUDELAIRE
Les fleurs du Mal, 1857.

L’Amour est assis sur le crâne
De l’Humanité,
Et sur ce trône le profane,
Au rire effronté,

Souffle gaiement des bulles rondes
Qui montent dans l’air,
Comme pour rejoindre les mondes
Au fond de l’éther.

Le globe lumineux et frêle
Prend un grand essor,
Crève et crache son âme grêle
Comme un songe d’or.

J’entends le crâne à chaque bulle
Prier et gémir :
— « Ce jeu féroce et ridicule,
Quand doit-il finir ?

Car ce que ta bouche cruelle
Éparpille en l’air,
Monstre assassin, c’est ma cervelle,
Mon sang et ma chair ! »

Qui en réchappe. Gravure sur cuivre au burin, Henrick Goltzius, 1594.

L’Amour comme troisième volet de notre optique commune

L’amour, pour notre parent servant de référence, peut prendre plusieurs formes. Si un des enfants est malade, notre parent s’en occupe, et son amour prend alors la forme de la compassion. Il se préoccupe aussi de ses enfants qui manquent de joie de vivre, il essaie de les aider, par amour encore une fois. Finalement, notre parent, par souci d’équilibre peut-être, prendra aussi du temps pour partager dans son couple, pour s’amuser entre amis ou avec des gens moins connus. En fait, c’est là un autre visage de l’amour.

Cependant, à l’échelle de la « famille humaine », ceux qui sont les « parents » et ceux qui sont les « enfants » ne sont pas aussi facilement reconnaissables. Les rôles de chacun, dans l’humanité, sont tributaires des attitudes et des comportements adoptés plutôt que de l’âge ou du lien filial et chacun peut être dans un rôle ou dans l’autre selon les circonstances.

Plusieurs d’entre nous profitent de ressources importantes au plan financier comme au plan temporel (le temps que nous pouvons donner). En effet, il est plutôt rare, dans les pays plus riches surtout, qu’une personne ne dispose ni de temps ni d’argent. Nous pourrions donc assumer davantage et à divers degrés ce rôle de « parents » aimants, auprès des gens ayant besoin d’aide.

En ce qui concerne toutes ces personnes ayant besoin d’aide, il y a énormément d’écoles, en particulier, où de nombreux enfants et adolescents sont victimes de méchancetés de la part des autres. De multiples actes nuisibles s’y produisent régulièrement. Pour améliorer la situation, des jeunes de ces milieux pourraient y former, avec ou sans l’aide des adultes, des groupes de réflexion, d’échange et d’élaboration de projets pour atténuer ces importantes agressions et ces inadmissibles rejets d’êtres humains. Évidemment, plus les adultes de l’humanité assumeront un rôle de responsabilité à la mesure du monde dans lequel on vit, plus la tâche sera facile pour les enfants et les adolescents.

Intimidation. Sculpture en Gaspésie. Photo : Michel Rathwell, 2013 (Flickr).

Par ailleurs, il est intéressant de noter que les animaux peuvent se retrouver dans le volet de « l’Amour » ou dans celui de « l’Environnement Sain », selon les points de vue de chacun. Pour certains, les animaux sont plus proches des humains et pour d’autres, ils sont plus proches de la nature végétale ou de l’environnement. Cela fait ressortir l’aspect aléatoire des catégories et, en particulier, des volets du MAPES. Les catégories peuvent être utiles à notre compréhension, mais ne sont pas fondamentales contrairement à l’interdépendance de tous les êtres qui est mise en lumière par cette situation.

Environnement ou Amour? Photo : Benoît Guérin, 2019

Pour résumer les trois volets de notre optique commune, nous choisissons « d’être au moins en paix et de nous traiter, le plus possible, avec amour », comme simple terrain d’entente pour vivre entre nous. Puis, pour vivre avec ce qui nous entoure, nous ne faisons que prolonger ces principes comme s’il s’agissait simplement d’agrandir la famille pour inclure aussi, un autre volet : un environnement sain.

Les valeurs de base constituant notre optique commune forment une vision assez simple, mais ce n’est pas si évident à mettre en application et surtout de façon régulière. L’intention du guide de présentation est de bien circonscrire les grands axes de notre terrain de réunion pour pouvoir continuellement revenir à cette perspective de base que chacun pourrait éventuellement reconnaître comme étant « chez lui ». Aménager un « chez nous » commun dans l’incroyable diversité des vécus de l’humanité relève du travail de minutie, de l’œuvre qui s’élabore à son rythme, patiemment, avec ardeur et… douceur.

Chez nous. Octave Bélanger, 1925-28.

Et la liberté alors ?

La liberté individuelle peut avoir plusieurs sens. La valeur de « paix » expliquée précédemment inclut un sens parfois attribué au mot « liberté ». En effet, lorsqu’on parle de ne pas nuire aux autres, cela implique aussi de ne pas brimer leurs libertés : liberté de parole, liberté d’action, liberté d’opinion, etc. Évidemment, dans une optique de paix, notre liberté s’arrête là où commence celle des autres et il peut être opportun de limiter la liberté d’agir de quelqu’un qui nuirait aux autres ou à l’environnement. C’est là que prend tout son sens l’idée de « valeurs fondamentales » ou de valeurs auxquelles on attribue plus d’importance lorsqu’il faut choisir entre plusieurs d’entre elles.

Par ailleurs, c’est aussi au nom de la liberté des peuples et des religions, par exemple, que nous nous replions souvent en nos patries et en nos autres repères. Pourtant l’économie, elle, ne connaît que peu de frontières, et ce depuis belle lurette. Nous sommes reliés aux autres de toutes les régions de notre monde à travers les échanges économiques : nos fruits proviennent d’ailleurs, nos chandails sont confectionnés en d’autres endroits, le métal de nos autos est extrait en d’autres lieux, nos céréales sont vendues ailleurs, etc.

L’économie est ancrée dans le tissu social et influence directement la qualité de vie des gens, leur possibilité d’être en santé et de se nourrir convenablement, leur accès à l’éducation, etc. Les caractéristiques de consommation d’ici influencent donc directement la vie des gens là-bas. Il est par conséquent possible que notre liberté de consommation, par exemple, nuise directement à des gens en dehors de notre pays.

Nous connaissons assez bien l’étendue du pouvoir économique pour comprendre toute son influence sur les sociétés et sur les individus concernés. Le monde dans lequel nous vivons « est » inter-relié, ce n’est pas une opinion, c’est une constatation que chacun peut faire. La liberté et l’autonomie de religion ou de nation, que nous défendons souvent, renient la réalité de l’interdépendance lorsqu’elles se placent avant la paix, l’amour et l’environnement. Chacun peut bien avoir ses couleurs, mais encore faut-il que celles-ci ne nuisent pas aux autres et à l’environnement, à tout le moins.

L’idée n’est pas de s’élever contre la liberté, qui est une valeur fort louable. Il s’agit plutôt de se lever, de se mettre en Mouvement pour la prédominance de la Paix, de l’Amour et d’un Environnement Sain « pour tout le Monde ».

Tête de la Statue de la Liberté, dans le Parc du Champ-de-Mars. Illustration Charles Baude, 1879.

Le MAPES « pour tout le MONDE »

Le MAPES est un Mouvement d’accueil et d’ouverture désirant faire une place à tout le monde, à toute notre communauté vivante, à tout ce qui existe. C’est un organisme qui tend vers l’inclusion de chacun, mais sans forcer quoi que ce soit, et ce en ré-unissant des humains, peu importe leur nombre, autour de valeurs de base communes.

Ce Mouvement ne possède pas « la vérité ». Il n’a qu’une optique commune qu’il espère assez largement répandue pour permettre à une très large part de l’humanité de se ré-unir. Évidemment, toute l’humanité ne se ré-unira pas d’un seul coup, instantanément. Il semble évident toutefois que, selon le bon vieux principe d’entraînement, plus il a d’humains qui vivent la ré-union avec joie et plus cela peut donner le goût à d’autres d’en faire autant.

L’attrait que le rayonnement des activités de ré-union peut provoquer chez les gens est sûrement un des meilleurs gages d’une saine progression. Le bouche-à-oreille peut constituer une excellente voie de progression. Un Mouvement qui veut demeurer la trame de fond de l’union de notre humanité et de son environnement ne peut s’envisager qu’avec le plus grand respect vis-à-vis des dispositions de chacun.

Le monde ne tient qu’à un fil. Tapisserie de laine et soie, Bruxelles, vers 1525-1530. Musée des Arts Décoratifs de Paris. Photo Pierre Poschadel, 2015. (Wikimedia Commons)

À venir dans la prochaine publication :

LES RÉ-UNIONS SUGGÉRÉES – première partie
  • Se réunir concrètement et régulièrement
  • Les diverses formes de ré-unions
    • En affichant nos couleurs
    • Par internet
    • Via les médias

Partie précédente                                              Partie suivante


2 commentaires à propos de “5. L’Amour et le Monde”

  1. Viser la paix, l’amour et un environnement sain pour tout le monde constitue un bel objectif. Pour ma part, j’ai participé récemment à une action visant à briser la solitude des 79 ans et plus parmi les membres de l’AREQ de notre secteur. Sur la quinzaine de téléphones que j’ai faits, deux hommes seulement ont souhaité que leur nom soit donné aux Petits Frères pour qu’ils leur téléphonent à leur tour. Ces téléphones sont été appréciées par les personnes qui les ont reçus. C’est ma modeste contribution dans les circonstances qui entourent la pandémie.
    Quant aux réunions que je peux faire en contexte de pandémie, elles utilisent presque toutes la plateforme Zoom. Je viens de vivre une rencontre Zoom avec les familles de mes deux enfants, une demeurant à Saint-Constant en Montérégie, l’autre à Gatineau. Nous sommes encore à la recherche d’une manière de nous rencontrer en présentiel pour l’échange des cadeaux, tout en respectant les règles de la Santé publique. Pour le moment, les deux familles envisagent faire un aller et retour à Saint-Jérôme pour une brève rencontre dans un parc public de la ville. C’est à suivre !

    • Salut François,

      Ta grande générosité m’inspire une fois de plus! En ces temps de pandémie, trouver du temps pour aider au-delà du cercle de nos proches est un exploit non négligeable! 🙂 Bravo!
      Quant aux multiples pirouettes nécessaires pour maintenir un minimum de présence physique dans nos relations en respectant les contraintes sanitaires, il s’agit aussi d’un bon défi pour chacun de nous! 😮
      Bon courage et bonne continuité, mon ami!
      Au plaisir et à bientôt j’espère!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*