1. L’hiver dans mon quartier


Dans mon quartier, comme en plusieurs endroits dans le monde, les discussions d’hiver se passent rarement sur le trottoir. Il fait trop froid ! Je demeure dans un quartier où la vie est tissée serrée. La plupart des immeubles sont collés. Des duplex et des triplex en grande majorité. Quelques petites maisons d’un seul étage, en voie de disparition, remplacées graduellement par des immeubles à condo de 3 étages et demi. Sur ma rue, ce sont les duplex qui dominent. Deux étages, ça donne accès à plus de lumière et j’apprécie cela. Trois ou quatre maisons vers le sud, il y a la maison de Réal, très semblable à la nôtre. Les cours arrière sont très petites et une ruelle nous sépare de la rue suivante, à l’ouest.

Murale sur la thématique «Vie de quartier». Réalisée par MU et l’artiste OTHER, 2013.

J’ai passé mes premières années de vie dans le même type d’environnement, à jouer dans la ruelle ou dans les petites cours du voisinage. Je me sens vraiment chez nous ici. D’autant plus que le voisinage est très accueillant. Je ne sais pas si c’est la grande proximité des résidences ou la particularité des gens qui habitent le quartier ou autre chose, mais ici les gens se parlent beaucoup plus que dans les autres quartiers où j’ai déjà habité.

Tout près de chez nous, il y a le marché. Je dis « le » marché, car c’est probablement le plus fréquenté de ma ville. Des petits marchands de fruits et légumes, souvent locaux, entourés de quelques boutiques complémentaires : produits du terroir, fromages, pâtisseries et boulangeries, produits bio, fleuristes, cafés, etc. Le marché a servi de lieu de tournage à quelques émissions de télé. La fin de semaine, il y a foule. Et, parfois, il y a même des autobus touristiques qui y font escale ! En s’éloignant un peu, on retrouve des grillades portugaises, des épiceries spécialisées en produits du Maghreb ou de l’Asie et beaucoup de commerces aux couleurs de l’Italie, car nous sommes là en bordure de la Petite Italie.

Le marché du Faouët. Henri Barnoin, 1926.

L’hiver, c’est un peu plus tranquille dans le quartier, mais c’est toujours animé autour du marché. On dirait que les balades au marché rendent les gens plus heureux et ouverts aux autres. L’ambiance y est plutôt paisible et joyeuse. Peut-être est-ce un peu cette vibration qui se répercute dans nos petites rues calmes, tout autour…

Il neige en ce moment sur ma rue. Une belle neige toute blanche qui s’accumule lentement sur les trottoirs, les voitures et les petits terrains. C’est très beau et très apaisant. La neige absorbe les bruits de la ville et l’enveloppe de son élégant manteau immaculé…

Dans ma cour. Photo : Benoît Guérin, 2017.

Au petit matin, les alentours seront ensevelis sous la neige. Les gens sortiront pelleter leur escalier ou dégager leur automobile. L’ambiance dans ces moments est semblable à celle du marché. Les gens se regardent avec une complicité plus grande qu’à l’habitude. Ils se sourient. Ils échangent même parfois quelques paroles autour de l’abondante chute de neige. L’entraide est aussi plus présente qu’à l’habitude. C’est un peu comme si, soudainement, on sortait dans un nouveau monde, avec de nouvelles coutumes. C’est rafraîchissant ! 😊

Une émission de télé sur quelles réalités?

L’entraide et la connivence des matins enneigés me rappellent soudainement le sous-titre de l’émission de Béatrice. Lorsque Réal m’a parlé de celle-ci, c’est le titre qui m’a interpellé, mais il m’a aussi précisé qu’un sous-titre était envisagé : En route vers une humanité solidaire, écologique et unifiée. Voilà donc ma curiosité et ses questionnements qui refont surface !

Une humanité « solidaire », ça veut un peu dire des gens qui s’entraident, il me semble…. D’ailleurs, aujourd’hui c’est la veille de la St-Valentin et la solidarité, ça sonne aussi un peu comme l’amour à mes oreilles. L’amour entre les humains, plutôt que seulement envers notre amoureux, notre amoureuse ou nos proches !…

L’humanité « unifiée », cela aussi m’intrigue. Cette notion d’unité, est-ce un peu comme celle d’un pays, ou encore d’un peuple ? Et comment diable est-ce que ce projet peut bien être en route vers une telle perspective ?…

Bouleversement Nature. Photo : Benoît Guérin, 2018.

Quant à l’aspect écologique, ça ne me paraît pas évident non plus. Bien sûr, je crois que de prendre soin de la nature est primordial pour notre qualité de vie. C’est logique, c’est même éco-logique ! La survie des humains est menacée par tous les problèmes que nous causons : pollution, réchauffement climatique, disparition accélérée des espèces, etc. Assis à ma fenêtre, happé par le beau paysage tout blanc, je ne peux d’ailleurs m’empêcher de penser que de telles averses de neige arrivent maintenant plus souvent en alternance avec des périodes de pluie verglaçante, de pluie ou de grésil. Des situations passablement moins plaisantes pour tous !

Je dois reparler à Réal, car les liens entre La fin des milliardaires et une humanité solidaire, écologique et unifiée sont un peu nébuleux pour le moment… Je l’inviterai à jaser autour d’un bon café. Quand l’hiver règne sur le quartier, Réal et moi discutons en général autour d’un latté. Les alentours sont parsemés de cafés charmants où il fait bon s’arrêter pour échanger.

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12 commentaires à propos de “1. L’hiver dans mon quartier”

  1. Cher Benoît… quel plaisir que ce message!. Ici aussi il est tombé « plein de silence ». Ce qui est insupportable pour certains qui s’empressent de sortir leur « souffleuse ». Je t’envoie mes meilleures pensées…

  2. Bonjour Benoit,

    Très bonne lecture. Ah oui, notre rue du Sacré-Coeur avec la neige que nous devions pelleter après les tombées de neiges, je m’en souviens bien. Et surtout le bonjour de tes parents, des Côté et les Leroux et tous ce monde. De bonnes années passée parmi cette neige abondante. Aujourd’hui sur l’heure du diner, je sortirai ma pelle pour profiter de cette belle température et de me rappeler de bons souvenirs.

    Au plaisir de continuer à te lire.

    • De bonnes années, en effet, Élise!
      Et concernant la neige d’aujourd’hui, il y a effectivement de quoi pelleter à satiété! Il me reste d’ailleurs encore plusieurs bonnes pelletées à déplacer, un moment donné…
      À+

  3. Bonjour Benoit…. Coudonc, as-tu pondu ce texte au cours de la nuit ? Sinon c’est un foutu bon « timing ». Dans cette ambiance feutrée, tes mots résonnent et trouvent leur chemin… Longue vie à « La fin des milliardaires ».

    • Merci du commentaire encourageant et agréable!
      Quant aux mystères entourant l’écriture de ce chapitre, je ne peux évidemment pas tout révéler, de peur d’être mis à l’écart de la guilde des étoiles alignées pour laquelle il n’est pas toujours évident de conserver son ticket d’entrée, n’est-ce pas?
      Au plaisir! 🙂

  4. J’imagine que ton chapitre tombe assez bien avec la belle tempête qui vient de frapper Montréal, d’après ce qu’ont rapporté les nouvelles.
    Bonne suite !

  5. Merci François,
    De mon côté, j’imagine que Pierrette et toi avez encore les orteils dans le sable chaud, si j’interprète bien ton commentaire… Si oui, profitez-en bien et à bientôt…

  6. Salut Benoît,
    j’ai lu les deux premières entrées de ton blog. C’est bien écrit et je poursuivrai surement ma lecture.

    J’ai aimé notre échange au café l’autre jour et je te retrouve dans ton écriture. Cool!

    Richard

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