1. AMOUR ET CRÉPUSCULE, considérations terminales d’un moineau privilégié – PROLOGUE


L’amour c’est la vie. Quand les rayons de lumière et de chaleur du soleil rencontrent l’eau, l’air et la terre, les éléments se rapprochent, la vie s’active. Quand l’amitié et la solidarité ont lieu, le terreau de la vie s’agrandit.

Au crépuscule de la vie, les capacités déclinent et la nuit est imminente, pour chaque être vivant. La nuit sans retour survient en un instant. Mais le soir, au crépuscule, la lumière se diffuse souvent en teintes de rouge orangé chatoyantes et ravissantes…

Crépuscule au lac. Benoît Guérin, 2020.

L’amour et la mort, ce sont les deux larges trames de fond de ma vie. Surtout actuellement. L’amour parce qu’il n’y a que ça qui fait du sens et la mort… aussi.

L’amour depuis toujours et la mort, de plus en plus.

La vie et la mort. Gustave Klimt, 1915.

Les récents événements

Récemment, mon cousin Michel est décédé. Il était le cousin duquel j’ai été le plus proche. Il avait mon âge. À l’automne passé, c’est mon père qui est mort. Sur fond de maladie d’Alzheimer, en quelques mois : cancer de la vessie, AVC, métastases et il est décédé. Au début de l’an passé, c’est ma tante Lina, ma tante célibataire qui a toujours été si près de mes cousins-cousines et moi-même, qui est partie en pleine phase pandémique de débordement des hôpitaux. Elle a attendu très longtemps, comme le suggéraient les autorités, avant de se rendre aux urgences. Elle a été opérée d’urgence en y arrivant et elle n’a pas survécu à l’opération. En période de restrictions sanitaires importantes, nous avons reporté ses funérailles à une date indéterminée.

Près de la fin des terres. John Mulcaster Carrick, 1887.

Mes proches meurent de plus en plus. Ça arrive à tous ceux et celles qui ont la chance de vivre plus de 60 années. Pour moi, il s’agit d’un signal : vaut mieux raccourcir les termes de mes éventuels projets, car mes chances de remporter la loterie du dernier souffle sont de plus en plus grandes !

Signal de fumée. Frederic Remington, 1905.

L’amour c’est ma vie

La mort apparaît donc comme un jalon fondamental de ma vie, mais je dirais que l’amour c’est ma vie ! Les éléments se lient pour prendre vie — ils s’aiment pourrait-on dire — et ils se dissolvent lorsque la mort survient; avant de trouver un autre chemin de vie, bien sûr, d’une façon ou d’une autre…

J’ai beaucoup aimé et j’aime encore beaucoup.

Aimé ma blonde; aimé les ami.e.s et la famille; aimé la nature : les animaux, les insectes, les rochers, les rivières, les arbres et les fleurs; aimé marcher, explorer et échanger; aimé les arts, la musique, la danse et surtout la peinture : de Raphaël jusqu’à Banksy en passant par de nombreuses thangkas tibétaines; aimé le monde aussi, tout le monde !

La fontaine d’amour. François Boucher, 1748.

J’ai tant espéré la paix et même l’amour ou la solidarité pour tous les êtres humains. J’en ai élaboré des projets. Un Mouvement Amour, Paix et Environnement Sain pour tout le monde, le MAPES Monde. Puis, un Manifeste poétique, Le Vaisseau dort, pour tenter de relancer le MAPES Monde. Et enfin, il y a quelques années, La fin des milliardaires dont le sous-titre de travail était En route vers une humanité solidaire, écologique, et unifiée.

Les vagues de ces projets n’ont rejoint qu’une infime partie de l’humanité et les vastes aspirations de ceux-ci ne se sont pas concrétisées. Rien à l’échelle de l’humanité. Juste quelques vaguelettes sur d’accueillantes plages sablonneuses…

Considérations terminales

Qu’est-ce qui retient mon attention ces temps-ci ?

Quelles sont les considérations qui m’habitent en cette période de pandémie qui n’en finit plus et de guerre terrifiante en Ukraine ?

Les effets de ces circonstances exceptionnelles teintent nécessairement mes points de vue et mes façons d’agir. Mais encore…

Malgré l’énormité du tableau général qui nous entoure tous, il y a aussi des aspects plus personnels qui m’influencent en cette période de ma vie ; en cette tranche finale ou terminale de ma vie.

Fin de journée au lac. Benoît Guérin, 2020.

Bien sûr, la durée d’une tranche de vie est toujours relative. Mais j’ai tourné la page de mes 60 ans depuis plusieurs mois et je crois raisonnable de parler d’une dernière tranche de vie qui est devant moi. Il s’agira d’une période de quelques années ou de plusieurs, mais ce sera une période où le vieillissement est de plus en plus marqué. Cela est déjà une évidence depuis plusieurs années. Le constat des capacités intellectuelles qui déclinent constitue d’ailleurs une motivation centrale pour remettre les mains au clavier. Rien comme l’exercice pour garder la forme mentale tout autant que physique !

Fin de journée au parc. Benoît Guérin, 2021.

Un moineau privilégié

Je vieillis bien sûr, mais je n’en demeure pas moins un privilégié de ce monde. Un — largement privilégié — de notre monde ! J’ai un revenu de pension décent qui me permet de ne plus être contraint de travailler pour gagner ma vie. Je suis entouré de plusieurs personnes que j’aime et qui m’aiment. Je vis dans un coin du monde sans guerre où plusieurs possibilités d’aide sont disponibles gratuitement, dont de nombreux soins de santé. Il s’agit d’un endroit sans dictature où la vie politique est possible pour tous, même si elle n’est pas toujours évidente.

Au fil des confinements de la pandémie, l’isolement a été très difficile pour de nombreuses personnes. Les contacts avec les animaux domestiques se sont révélés salutaires, si ce n’est essentiel, pour plusieurs. D’autres se sont intéressés plus intensément aux oiseaux sauvages en les observant ou même en les nourrissant. C’est mon cas. Au chalet, j’aime beaucoup voir se nourrir les geais bleus, les sittelles à poitrines rousses ou blanches, les chardonnerets, les sizerins, les mésanges, les bruants ou les juncos ardoisés. En ville, il y a les cardinaux flamboyants, mais… ces temps-ci, ce sont les moineaux qui m’enchantent particulièrement. Leurs piaillements lorsqu’ils sont en larges bandes sont pareils à une symphonie populaire. C’est comme si le bonheur s’emparait d’eux pour s’exprimer harmonieusement dans une chorale improvisée.

Je me souviens de mon père qui imitait les moineaux qui chuchettent comme pour échanger avec eux. Moi aussi je fais cela. Les moineaux sont communs en ville et moi je suis du commun des mortels. Drôle de moineau peut-être, mais certainement un moineau parmi tant d’autres.

Moineau dans l’amélanchier. Benoît Guérin, mai 2022.

En tant que moineau privilégié, je vais donc vous chucheter, au fil des mois à venir, quelques chroniques illustrées évoquant les avenues que l’amour emprunte encore et celles qu’elle pourrait ou devrait occuper. Et je vous raconterai cela de ma perspective crépusculaire… bien assis devant la forêt où le soleil se couche dans toute sa splendeur ! … …

Coucher de soleil au lac. Benoît Guérin, 2021.

À venir dans la prochaine publication :

Les rapprochements incertains

  • Les différentes situations avant la pandémie
  • Se toucher de nouveau

Lien vers les chroniques de La fin des milliardaires (Accueil)  →

Lien vers le manifeste poétique Le vaisseau dort 


18 commentaires à propos de “1. AMOUR ET CRÉPUSCULE, considérations terminales d’un moineau privilégié – PROLOGUE”

  1. Bonjour Benoit, bien heureuse de te retrouver. J’aime beaucoup ta nouvelle publication. J’attends avec impatience le prochain volet.

    A+

  2. Quelle belle surprise ce retour de ta plume toujours si belle et réconfortante ! Je me sens tellement concernée par cette nuit définitive qui s’approche et que tu décris si bien que je veux vivre en pleine conscience chaque seconde qu’il me reste avec amour et détachement dans la mesure du possible. Tes deux petits séquoias grandissent bien en se tenant par la main. Celui planté en terre n’a pas survécu à son premier hiver… À la prochaine …

    • Merci Francine.
      Je suis bien content de te lire un peu… j’apprécie toujours beaucoup!…
      Bien content aussi d’apprendre que tes deux petits séquoias grandissent bien ensemble. Quant à celui planté en terre, il n’est vraiment pas le seul à n’avoir pas survécu à cet hiver! Plusieurs végétaux ont trouvé les longues séries de jours sous les moins 20 degrés Celsius très éprouvants!…
      Prends bien soin de toi et, à bientôt j’espère! xoox

  3. Très beau texte, très touchant…des années, des moments plus difficiles à vivre et surtout beaucoup trop de gens qui partent en si peu de temps; Hélène , Bob, Lina, Léo, Gilbert, un ami et notre cousin Michel. La mort fait partie de la vie mais elle fut trop présente ces dernières années et il nous en reste moins devant alors il faut savourer chaque instant et surtout ne pas manquer les occasions qui se présentent à nous. La vie est trop courte et le temps passe trop vite.
    La pandémie nous a isolé trop longtemps…❤️❤️❤️

    • Merci Danielle.
      La mort est parfois plus présente qu’on ne le voudrait, effectivement…
      Heureusement, la pandémie nous offre une belle éclaircie et les rapprochements sont possibles… Profitons-en bien!…
      À bientôt!

  4. Bonjour Benoit,
    Tellement heureuse de te lire!
    Tu écris tellement bien! Je me compte chanceuse de t’avoir côtoyé de près au travail. Ayant moi aussi atteint la soixantaine, je comprends l’essence de ce que tu exprimes.
    Un gros merci de nous offrir cette lecture. Très agréable à lire ce matin.
    Gros câlin 😃

    • Merci Hélène.
      Merci pour les bons mots, mais aussi de prendre le temps de partager un peu.
      Je n’ai que de bons souvenirs de nos rencontres Hélène… sourires, connivence et échanges chaleureux!… …
      Il me semble qu’une éventuelle petite rencontre pour échanger devant un café ou un petit lunch pourrait s’avérer fort agréable…
      Au plaisir! 🙂 xoox

  5. Cher Benoît,

    C’est toujours un plaisir de te lire. Tu devrais penser écrire un livre…

    Bon été et au plaisir de te revoir!

    • Merci Manon.
      J’espère qu’on pourra bientôt se trouver un moment pour relancer nos petits dîners causerie… nous avons quelques années à rattraper… 🙂
      À bientôt j’espère!
      xoox

  6. Bonjour Benoit. Très heureuse de te retrouver sous une plume au beau plumage couleur de simplicité-sincérité. J’aime. Beaucoup. Et j’ai hâte de te suivre dans ces pérégrinations qui, si elles mènent tout un chacun vers le même port, n’ont de cesse d’emprunter des chemins qui varient au gré du vent de l’amour et des desiderata de la grande faucheuse. Amitiés.

    • Comme c’est bien dit, et magnifiquement écrit, ma chère Nicole!
      Et comme je suis content de te retrouver un peu ici, en attendant j’espère, de te retrouver avec Bob devant un petit café pour échanger bien longuement… …
      Au plaisir et à bientôt j’espère! 🙂
      xoox

  7. Bonjour mon Ami,

    Te voilà devenu bien sage! Oui, les évènements de notre vie nous façonnent et changent nos priorités. Nous voilà tous les deux assis devant le même soleil, à un moment où il tend davantage vers le crépuscule. On ne veut surtout pas rater la fin du spectacle. Car il n’y aura pas d’autre représentation…

    Très curieux de lire la suite.

    Yvon

  8. Toujours très d’actualité…….. personnelle et universelle….. chaque fois, je suis touché, informé, préoccupé, en réflexion…… tes textes viennent toujours me chercher…… Gracias 🥰🥰🌈🌈🌈

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